Copyright 2001 Le Figaro
All rights reserved
Le Figaro

09 novembre 2001

 

ART CONTEMPORAIN: L'Amérique du Nord et du Sud ' Côte à côte ' à Bordeaux dans la grande nef du CAPC et au Musée des beaux-arts;

Brésil ' in ' et ' out '

Michel NURIDSANY

' Il y a une réelle méconnaissance de mon travail dans mon propre pays, faute de lieux pour le montrer. J'ai plus exposé à l'étranger qu'au Brésil ', nous avait confié José Damasceno , il y a un peu plus d'un mois, à Rio. Est-ce une preuve : il est montré aujourd'hui au CAPC à Bordeaux dans l'exposition intitulée ' Côte à côte, art contemporain du Brésil ' qui réunit douze jeunes artistes.

Pour autant la situation artistique au Brésil, avec une biennale réputée, une demi-douzaine de galeries de bon niveau et actives, des collectionneurs avertis, des artistes reconnus sur la scène internationale, est brillante. Mais le manque de musées, de centres d'art empêche qu'elle ne se développe au Brésil même. Le commissaire de l'exposition du CAPC, Eric Feloneau, qui n'a pas une connaissance très approfondie de la question, a conduit son exposition dans des conditions difficiles : Tunga, qui devait occuper toute la nef avec un projet spectaculaire s'étant désisté au dernier moment, il a fallu redéployer là trois oeuvres de grandes dimensions signées Bracher, Tavares, Carvalhosa.

Elisa Bracher, personnalité attachante qui a créé à Sao Paulo une école pour enfants déshérités, occupe donc tout le mur du fond avec ses magnifiques gravures sur papier noir et blanc accumulés au mur. A l'autre bout, Ana Maria Tavares a installé un miroir et une passerelle pour avion sur lequel le visiteur est invité à monter pour écouter les bruits familiers aux automobilistes brésiliens : celui de la radio, celui du trafic et des hélicoptères des hommes d'affaires.

Au centre se trouve Carlito Carvalhosa qui faisait autrefois une peinture à la cire. ' Gibraltar ', la sculpture exposée, ressemble aux oeuvres de dimension plus réduite que nous avons vues dans son atelier à éclairage zénithal à Sao Paulo. 10 000 kg de plâtre ont été nécessaires pour réaliser cette pièce de toute beauté. ' Je veux faire du plâtre quelque chose de léger, disait-il. Je travaille contre le matériau '... Même si le matériau est très présent ici, il s'affirme, en effet, avec ses plis, sous tension, comme un déchirement.

De sa galerie, Raquel Arnaud, l'une des meilleures de Sao Paulo avec celle de Luisa Strina, Carvalhosa dit : ' Elle est très bien, elle ne demande jamais qu'on se fige dans un procédé. Elle est toujours d'accord pour suivre ses artistes. '

Les autres galeries ? Nous avons découvert la toute dernière, Baro Senna, qui affirme ' L'entraide entre nous ici est impressionnante. Nous n'existions pas depuis deux mois que, déjà, d'autres galeries nous proposaient leur aide. ' On peut y admirer le performer photographe Michel Groisman, avec d'époustouflantes oeuvres, étrangement négligées par le commissaire de l'exposition.

Luisa Strina présente aussi une jeune artiste fascinante ' oubliée ' dans l'exposition : Keila Alaver. ' J'ai beaucoup travaillé avec les jeunes, dit-elle, et je continue. En 74 quand, la première, j'ai ouvert un centre d'art contemporain, le pays, en pleine dictature était fermé au monde. Aujourd'hui ça paraît incroyable. ' Tout change quand, au milieu des années 80, Sarney est élu. Sheila Leirner est appelée pour diriger la biennale. Extraordinaire succès! Les collectionneurs sortent, visitent les foires et en particulier Arco, les artistes exposent à New York, à Madrid, à Paris. ' Il n'y a que les hommes politiques qui ne se rendent pas compte du succès rencontré sur la scène internationale par les artistes brésiliens ', martèle Luisa Strina.

Parmi ceux-là, mention spéciale à Fernanda Gomes, l'une des meilleures. A Copacabana elle vit dans un petit studio encombré des éléments qui serviront à ses oeuvres. ' Je travaille beaucoup avec les objets qui sont autour de moi. C'est comme une boîte de mémoire ', dit-elle. Dans la pièce principale, devant une fenêtre ouverte, un tabouret et une planche, comme un tremplin. Pour un plongeon ? Pour un envol ? A Bordeaux elle a commencé par ouvrir un trou dans le sol avec deux cordes à côté. Et deux chaises. Et deux carrés de sel. Et deux fois deux cuillers suspendues à deux fils. Son travail, tout en délicatesse, poétique et disponible, se fait réceptif à l'imperceptible, aux beautés les plus secrètes.

Une merveille au coeur d'une exposition qui attire utilement l'attention sur une scène artistique passionnante.

CAPC Musée d'art contemporain, 7, rue Ferrère, Bordeaux. 05.56.00.81.50 ; jusqu'au 20 janvier.